Plume de femme: Femmes entrepreneures et le défi de la communication

 

Pour mieux vendre leurs produits et services, les femmes entrepreneures ont encore du chemin à faire pour prendre la place qui leur revient dans le monde des affaires. 

 En une après-midi de septembre, « Minata », appelons-la ainsi, monte sur la scène d’un concours de pitch pour les jeunes entrepreneurs à Bamako. La petite trentaine, la jeune femme défend un projet très novateur, dans le secteur de la santé. Sa voix tremblotante et sa posture montre une chose : elle a le trac ! et pourtant, ce projet, elle « mange et dort avec » depuis des mois !  

Cette scène n’est pas si rare que cela. Même si les jeunes entrepreneurs, et surtout les femmes, semblent avoir plus d’assurance que leurs aînés, quand il s’agit de « vendre » leur projet, communiquer est un véritable défi pour eux. D’abord, parce que pour la plupart d’entre eux, ce n’est pas « la priorité » quand on entreprend. « On pense à la légalisation de l’activité, aux machines, à la logistique de distribution, etc. » explique une entrepreneure débutante, incubée à Bamako. Les réalités sont les mêmes partout dans le pays. A Tombouctou, Bibata a dû confier la présentation de son projet à un concours local à un ami. « J’avais trop peur de ne pas avoir les arguments pour convaincre et surtout devant un public », explique-t-elle.  

Il faut nuancer la situation, assure Néné Kéita, du cabinet Yeleen Ma qui accompagne les entrepreneurs dans leurs parcours d’installation et de développement. « Ce que je constate, c’est que les entrepreneures sont le plus souvent dans des activités de production. Et dans ce domaine, elles sont plutôt ingénieuses pour communiquer sur les produits qu’elles font, sur leurs créations ». Il suffit en effet de faire un tour sur les réseaux sociaux pour s’en apercevoir. Les agripreneures, (entrepreneures dans le domaine agricole), les créatrices de vêtements… savent mettre en scène, faire parler leurs produits, « bien mieux que les hommes ». Le défi est plutôt pour celles qui sont dans le secteur des services. Pour elles, il s’agit de donner une valeur, un prix à ce qu’elles savent faire. « C’est le baBA du service. L’objectif est d’aller vendre cela. C’est là que se trouve la difficulté pour la plupart : valoriser ses compétences, ses talents est plus compliqué que de vendre des services ! », assure la consultante.  

Mariam Inna Kanouté, coach corporate rencontre de nombreuses entrepreneures et les appuie tant au professionnel que sur le coaching des compétences. Elle déplore surtout que les femmes entrepreneurs manquent d’accompagnement. La plupart d’entre elles, par manque de moyens ou par méconnaissance, se « débrouillent » pour leur communication. Elles ignorent bien souvent que c’est un aspect important de leur stratégie pour atteindre leurs objectifs. « Même sur les réseaux sociaux, on sent qu’elles ne maîtrisent pas les codes, et elles n’investissent pas aussi dans l’auto-formation dans ce domaine ».  

L’autre aspect à prendre en compte dans le défi communicationnel des entrepreneures maliennes, c’est que même les structures qui interviennent dans l’encadrement de leurs projets « ne s’y prennent pas toujours de la bonne façon. Prenons l’exemple de l’emballage, en général, ce qui est financé n’est pas toujours à l’avantage du produit proposé », déplore la coach. Selon elle, souvent ces acteurs du secteur (incubateurs, cabinets et autres fonds d’appui) ne sont pas forcément formés au packaging et ne savent pas que cela fait partie intégrante du produit.  

Mais, le plus grand des handicaps, ce sont les carcans sociaux. « En Afrique, une femme qui se montre est une femme qui est considérée comme légère. Il y a des choses qu’elle peut faire en cachette mais dès qu’il s’agit d’être au-devant de la scène, ça dérange. La visibilité dérange », déplore Mme Kanouté. Elle conseille aux entrepreneures, tout en tenant compte de ces contraintes, de les dépasser pour s’exprimer et défendre leurs projets, produits ou services.  

Ce que Aminata Tandia, promotrice de la société d’agrobusiness Smartmarket regrette quant à elle, c’est le manque de solidarité entre les femmes elles-mêmes. « Il est trop rare de voir des femmes se donner la main pour, par exemple, mutualiser leurs couts », affirme-t-elle. Pourtant, de plus en plus de programmes et la multiplication d’évènements autour des entrepreneures et leurs expériences permettent d’espérer un changement de comportement.  

Du « Petit marché du made in Mali » à la boutique collective « Univers du made in Mali » en passant par les différentes conférences et galas sur le thème de l’entrepreneuriat féminin, les prises de paroles inspirantes impulsent un nouvel élan à l’entrepreneure malienne. Afin qu’elle donne plus de la voix !  

 

Célia Dédé d’ALMEIDA 

* Les opinions exprimées dans cet article ne reflètent pas forcément le point de vue de la DUE.