Plume de femme: BINTOU CAMARA PIONNIERE DES EXPERTS-COMPTABLES DU MALI

 

Bintou Camara est l’une des expertes comptables et une figure estimée et respectée du Mali, notamment dans son milieu professionnel. Riche d’une longue carrière, entre secteur privé et fonction publique, elle a très vite su choisir sa voie. Après ses études en France, elle rentre au Mali en 1978.    

Titulaire d’une Licence ès Sciences Economique de l’université Paris I et d’un diplôme d’Etudes Comptables supérieures, elle intègrera la fonction publique dans un environnement où il n’y avait pas beaucoup d’experts-comptables pour auditer de nombreuses sociétés et entreprises d’Etat. Ce sera ensuite le ministère de l’Economie et des Finances, grâce à l’ancien Premier ministre Mohamed Ag Hamani. 

Bintou Camara fut tout à tour Contrôleur d’Etat, Directrice de Cabinet, Inspecteur des finances : « ce n’est pas facile car on est dans le public, mais cela m’a permis de comprendre les rouages de l’administration malienne et de visiter de nombreux pays », ajoute-t-elle. 

En octobre 1984, elle crée avec un associé, le cabinet MAECO qui signifie (la Malienne de l’Audit et de l’expertise comptable et du Conseil en organisation. Avec son époux, notaire, elle, commissaire aux comptes, ils forment un bon duo et les chiffres n’ont pas de secret pour eux. 

Le cabinet MAECO inscrit à l’ordre des experts comptables Agrées du Mali est axé sur l’Audit opérationnel, institutionnel, social, comptable et financier) avec des clients majeurs comme Arthur Andersen ou Ernst and Young sur le plan international « Pour être un bon comptable, il faut bien sur aimer les chiffres, « mais surtout ne pas les retenir », souligne, celle qui a audité, les fonds de structures nationales comml’Agence nationale pour l’Emploi (ANPE), l’INPS (l’Institut national de prévoyance sociale), ou encore des partenaires institutionnels comme le PNUD, le PAM ou l’USAID, l’agence américaine de développement 

Dans un milieu éminemment masculin, Bintou Camara a su imposer son professionnalisme et sa rigueur. « Selon elle, rien ne vaut le travail bien fait » pour celle qui se considère comme expert-comptable avant toute chose.  « La comptabilité n’est rien d’autre que la phase finale des opérations d’une structure d’Etat ou privé, et qui sont traduits en chiffres, grâce à un plan comptable », résume notre pionnière ;   

L’art au cœur  

L’autre passion de Bintou Camara, c’est l’art. Il n’y a qu’à admirer les tableaux disséminés dans son bureau, un amour qui l’a poussé à créer la galerie Tatou, du nom de sa première fille pour soutenir de jeunes artistes peintres. Sans oublier ses longues années de basketteuse émérite, qui ont forgé sa silhouette ou le vélo qu’elle pratique à ses heures perdues 

Le regard vif, un large sourire, Bintou Camara évoque une carrière sans complexe faite de hauts et de bas. Elle est Féministe, elle est à sa façon, mais par la force du travail et non pour s’ériger contre les hommes. « Pour qu’une femme gagne le respect, elle doit choisir la voie du travail et rien d’autre. Autrement, elle devient paresseuse et il est difficile de prétendre à l’égalité, lorsque vous devez demander l’autorisation a un homme pour tout, y compris pour créer un compte en banque…». 

Optimiste, joviale, Bintou Camara estime qu’il est désormais nécessaire de transmettre le flambeau aux jeunes générations, particulièrement à ces jeunes femmes entrepreneurs qui ont besoin de soutien, d’orientation et de financement. 

C’est pourquoi, un Club des investisseurs du Mali, verra bientôt le jour pour  Afin de permettre la matérialisation de projets. En clair, un moyen de partager l’expérience et toutes les étapes clés de la création d’une entreprise. Du business plan au système de gestion. « Beaucoup de celles qui se lancent n’ont aucune maîtrise du système de gestion, et oublient parfois de protéger leurs marques », déplore-t-elle. Ce n’est pas à l’expert-comptable qu’on affirmera le contraire.  

Mère de 4 enfants, Bintou Camara, qui donne aussi des cours à l’Université catholique d’Afrique de l’Ouest (UCAO), situé au quartier du Fleuve de Bamako, en tant que gérante associée, estime qu’ils sont sa plus grande réussite dans la vie, d’autant qu’ils ont chacun trouvé leur voie dans la vie 

De son côté, elle croit en ce Mali, qui traverse une crise, mais  tout est encore à faire. Selon Bintou Camara, cette transition est une opportunité, à condition de faire moins de politique et de relancer le pays, sur le plan économique notamment.   

« Il nous faut nous mettre au travail ! », conclut-elle avec un franc sourire. » 

 

* Les opinions exprimées par l’auteur de cet article ne reflètent pas forcément le point de vue de la DUE.