Plume de femme: Femmes entrepreneures, la double équation

Si les femmes sont nombreuses à tenter l’aventure de l’entrepreneuriat, très peu d’entre elles s’illustrent dans la vraie réussite : Comme en entreprise, elles sont nombreuses à la base et rare au sommet. L’entrepreneuriat féminin a-t-il des défis particuliers ? 

Le contexte psychosociologique de notre pays présente plusieurs défis aux femmes désirant entreprendre. Des défis qui vont de l’acquisition du financement, à la capacité de management, d’engagement, tout en ayant des poids et responsabilités sociales quotidiennes. Toutes choses qui confinent ces championnes dans des visions restreintes et parfois à rester dans l’informel.   

Au Mali le recensement des entreprises a permis de réaliser que sur environ six cent soixante (660) entreprises créées (sous les régimes SA et SARL de 2006 à 2017), seules vingt-cinq (25) sont dirigées par des femmes (source API MALI). Lorsque les statistiques atteignent les entreprises dont l’investissement est supérieur à dix millions (10,000,000) de FCFA, le chiffre se réduit encore. Pour une entreprise, les principales phases critiques ont lieu au cours des trois premières années d’exercice. C’est durant cette période que les entrepreneurs font face à leurs principaux défis et ont le plus besoin d’appuis pour amorcer le développement de leurs activités. Malheureusement, des organes de prise en charge et d’accompagnement ne sont pas spécifiquement formulés pour leur offrir une solution globale pour changer l’état d’esprit et leur apporter certains éclairages. Celles qui sont conscientes de leurs besoins n’ont pas toujours les ressources pour être outillées 

En tant que professionnelle de l’accompagnement, et en coachant de nombreux et talentueux entrepreneursj’ai très tôt décelé les difficultés spécifiques de l’entrepreneuriat en général et à l’entrepreneuriat féminin en particulier 

Oui, elles sont nombreuses à franchir le pas dans l’aventure des PME PMI, mais on peut faire le constat que très peu arrivent au bout de leur ambition.  

Les difficultés de l’entrepreneuriat et ses énormes défis : L’accès difficiles aux financements, les questions de la disponibilité des compétences nécessaires, le marché imprécis et fluctuant, les moyens de production qui ne sont pas toujours accessibles et enfin, les questions spécifiquement liées au genre sont autant d’obstacles qu’elles doivent surmonter pour s’ouvrir la voie d’une quelconque réussite  

En réalité, l’accompagnement d’un entrepreneur ne doit pas uniquement se focaliser sur la conception réalisation du projet, le financement, et les outils techniques de production et de gestion. Désormais, il faut accompagner les entrepreneurs en renforçant leurs atouts personnels, en clarifiant leurs visions et ambitions, et en les forgeant à la résilience  

Ces différentes techniques de développement personnelsont encore plus nécessaire quand l’entrepreneure est une femme.  

La toute première difficulté perceptible chez les femmes entrepreneures est le manque de vision et de projection. La majorité d’entre elles ont certes du Potentiel, du talent, des savoirs faire et des idées très créatives. Elles deviennent pourtant rarement des championnes par manque de projection et d’ambition. Difficilement, elles imaginent créer une entreprise de croissance réelle. Elles sont plus dans l’optique de faire de l’entrepreneuriat de subsistance 

La réalité est que malgré leurs capacités, elles manquent énormément de confiance en elle et surtout, elles ont une grande crainte de la mise ne lumière, du succès et de ses conséquences en termes de visibilité et d’impact sociétal et familial. Elles craignent la lumière dans une société patriarcale ou le rôle de la femme n’est pas encore toujours accepté au-devant de la scène 

 Le second défi est celui de la conscience de soi. Elles ne connaissent pas toujours l’ampleur de leurs potentiels et ce dont elles sont capables. La mise en exergue de certains concepts comme l’intelligence émotionnelle ou les valeurs féminines émergentes tend à réhabiliter – voire à sublimer – la place des femmes dans l’entreprise ou en entrepreneuriat. Ces nouveaux concepts créent des conditions favorables au rééquilibrage du genre dans des marchés de plus en plus complexes et concurrentiels où la capacité de résilience, la créativité et l’innovation peuvent facilement devenir des critères clés pour faire la différence entre les sociétés. 

L’accompagnement à la confiance et à la valorisation de leurs talents les aide à surmonter ce second défi et à comprendre la pleine valeur de leurs spécificités mais aussi à déterminer leurs différents défis pour y apporter des solutions adaptées. Connaitre ses défis, talents et ressources ouvre une autre dimension de la confiance en soi et les amène à oser prendre des initiatives   

Des actions de formations et de coaching peuvent aider les femmes dans leur positionnement, leur capacité à oser prendre des responsabilités nouvelles dans des environnements parfois à forte dominance masculine, à mettre en œuvre un style de leadership et de management qui leur est personnel. 

Le troisième gros défi des femmes entrepreneures est celui de l’équilibre de vie entre la croissance personnelle et professionnelle. Plusieurs d’entre elles mènent parallèlement à leur projet entrepreneurial, un projet personnel de mariage et de maternité. Nous savons qu’amener un projet à la croissance demande de nombreux sacrifices pendant les 3 années du lancement, en termes de temps et de moyens. Ce sacrifice devient un réel défi chez les jeunes épouses et mamans qui doivent avoir une organisation très rigoureuse afin de mener ces défis de front  

En définitive, il est important de comprendre que les différents défis des femmes qui tentent l’aventure de l’entrepreneuriat, nécessitent un réel accompagnement de développement personnel afin qu’elles renforcent leurs personnalités, leur audace, leur confiance en elles pour affronter le quotidien d’un chef d’entreprise. 

Mariam Inna KANOUTE 

* Les opinions exprimées dans cet article ne reflètent pas forcément le point de vue de la DUE.